«Le régime algérien a voulu construire un Etat pour un peuple imaginé et non pour la société réelle. La génération précédente a évacué le conflit. Un conflit politique existant entre Algériens. On est tous frères, khawa. Le peuple est imaginaire. Pour moi, le populisme tue la société»,
Il a relevé que les Algériens, qui ont résisté au colonialisme français, aspiraient à créer un Etat-nation. «Sociologiquement et historiquement, étions-nous prêts à créer un Etat-nation et une société ? Il ne faut pas chosifier ces concepts. Il faut toujours historiciser les notions que nous utilisons. La société est une construction historique», l’Algérie est en train de construire simultanément un Etat et une société.
«La société est embryonnaire. L’Etat, ce n’est pas un pouvoir central, l’Etat c’est la citoyenneté. L’Algérie a créé d’abord une armée, ensuite un Etat. Et c’est l’armée qui a créé cet Etat alors que, dans l’ordre logique des choses, il aurait fallu créer l’Etat, ensuite l’armée. La radicalité du système colonial voulait que l’Algérie soit indépendante par la violence, il fallait alors créer une armée»...
Depuis l’indépendance du pays, l’algérien n’a pas forcément évolué comme le voulaient les gestionnaires de l’administration. « Des gestionnaires qui ont été surpris par l’émergence d’un être qui cherche son autonomie et qui veut devenir citoyen. Dans les années 1980, les algériens ne se définissaient pas par rapport à une communauté ou un groupe mais directement par rapport à l’Etat...
L’image qu’on avait de la région arabe est l’existence de tribus dirigées par un système autoritaire républicain ou monarchique »,
Cette émergence de la citoyenneté a justifié une certaine forme de violence. La raison ? «Nous ne sommes pas prêts à gérer la citoyenneté, les individus. Nous sommes habitués à la gestion de groupes. La gestion des individus est une autre ingénierie politique et sociale.
Pour arrêter des émeutes et des mouvements sociaux, l’administration a eu recours aux tribus et à des organes de représentation qui ne sont pas modernes. On a réinventé la qbila, el arch, la djemâa… des structures que l’Algérien a oubliées. On ne veut pas que la citoyenneté s’organise de façon moderne »...
Ref.
RENCONTRE-DÉBAT HADJ NACER - LAHOUARI ADDI
Rompre avec la violence, construire la citoyenneté
El Watan, 28 mai 2012
Lahouari Addi
0 Comments