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L'ANTI-HISTOIRE.

L'ANTI-HISTOIRE.

L'information est sur le site du ministère de la Défense nationale : un colloque sur "Le rôle et la place de l'Armée dans la société" se tient aujourd'hui (07 novembre) au Cercle militaire de Beni Messous, sur les hauteurs d'Alger.

Qualifié d'"historique", ce colloque est présidé par le chef d'Etat-Major, Ahmed Gaïd Salah.

En elle-même, l'initiative est à louer. Seulement, le contexte dans lequel elle intervient ne laisse dupes que ceux qui croient en la capacité du régime à amorcer un mouvement de retrait graduel des militaires du champ politique. Un mouvement finissant par la consécration de la primauté du politique sur le militaire, tel que proclamé par le Congrès de la Soummam.

Le projet de constitutionnalisation et d'institutionnalisation de l'exercice du pouvoir en Algérie fait peur au régime. Pourquoi ? Parce que la réalisation d'un tel projet offre la possibilité d'ouvrir une nouvelle ère pour le pays, initiée par de nouvelles formes d'identification des différentes sources de la souveraineté populaire, des formes de sa représentation et leur transformation en instruments d’instauration d'un Etat reposant sur la séparation des pouvoirs.

Un tel processus n'est synonyme que d'une chose pour le régime : sa finitude programmée dans l'histoire.

Pour sauver sa peau, le régime fait dans l'anti-histoire !

A cet exercice, l'édito d'El Djeich, dans sa livraison n°676 de novembre 2019 fait le donneur de leçons.

Reprenant les mots d'Ahmed Gaïd Salah, il convoque la mémoire de la Révolution Algérienne à l'occasion du 65e anniversaire de son déclenchement. Démagogique et opportuniste, il fait appel aux "valeurs" et aux "principes de la glorieuse Révolution" pour subordonner "l'intérêt suprême de la patrie" à la tenue du simulacre électoral, prévu pour le 12 décembre prochain.

Ainsi sont mises sur le même piédestal la date du déclenchement de la Révolution de Novembre pour libérer le pays du joug colonial et celle de la tenue d'une élection "présidentielle" dont l'objectif est de permettre la régénération d'un régime incarnant l'échec du projet de libération du peuple  et d'instauration d'une République Algérienne Démocratique et Sociale.

Pire encore, l'édito d'El Djeich présente le simulacre électoral du 12 décembre prochain comme un horizon indépassable, "la seule issue pour la sortie de crise". De quelle crise s'agit-il ? Celle du régime qui n'arrive pas à se renouveler ? Celle du pays qui est dans une impasse historique ? Ou bien, s'agit-il, tout simplement, de La Silmiya, la révolution populaire pacifique encours depuis le 22 février ?

Sans nul doute, pour le régime, la crise, c'est le mouvement populaire pacifique qui l'empêche de repartir de plus belle, quitte à faire de l'Algérie un laboratoire des techniques de mises à mort des soulèvements populaires pacifiques que pourraient développer les tenants de l'ordre mondial, tout en ventant " l'expertise algérienne" en ce domaine, après l'avoir louée dans ce qui est appelé "la guerre contre le terrorisme".

De l'anti-mémoire à l'anti-histoire, le simulacre de changement que propose le régime ne se limite pas à la simple tenue d'une élection présidentielle. Il touche à l'âme-même du processus de métamorphose du cours révolutionnaire en Algérie qui, de Novembre à La Silmiya, a donné au monde à admirer les capacités de résilience et de renouvellement d'une société ayant subit des violences extrêmes en un temps court durant son histoire récente.

L'un des instruments de cette perversion n'est autre que la justice du téléphone. Une justice réduite à faire la balance entre l'impunité des décideurs-militaires du clan le plus fort et la corruption qui fait leurs affaires, celle de leurs enfants, de leurs proches, toutes celles et de tous ceux qui ont su rester sous leurs bottes.

Alors, une justice "définitivement libérée de toutes les pratiques observées auparavant" ? Un leurre.

D'ailleurs, comment se fait-il que ce constat est établi par l'éditorialiste de la la revue "El Djeich", s'inscrivant en droite ligne des élucubrations de Gaïd Salah sur une justice ayant "retrouvé sa crédibilité" ?

L'Etat-Major a-t-il pour mission de s'occuper de la justice ?

Par ailleurs, les magistrats du téléphone ont-ils le droit de mettre en prison le Commandant de l'ALN, Si Lakhdar Bouregaâ, des dizaines de militants et de manifestants pour leurs opinions politiques ? Ont-ils le droit de pénaliser le port du drapeau Amazigh ? Ont-ils le droit de substituer leur violence à celle d'une répression sanglante pour permettre au régime de réunir les conditions de son simulacre électoral ou, à défaut, de faire de son éventuel empêchement l’élément central d'instauration d'une situation d'exception ?

Devant de telles manœuvres, il est à rappeler que l’élément stratégique le plus important de la Révolution populaire actuelle, c'est son caractère pacifique.

Depuis le 22 février dernier, le peuple algérien a montré que l'histoire n'est la fille de la fatalité.

Maintenant, il lui appartient de s'ouvrir de nouveau horizons pour offrir un nouveau projet historique à l'Algérie. Un projet dont la réalisation pourrait faire de La Silmiya une sources d'inspiration pour tout mouvement de libération dans le monde, comme l'a été la Révolution de Novembre.

Hacène LOUCIF.

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