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l'épidémie et la science

 la situation à l’intérieur de la science que l’on a vécue ces, on va dire, ces six derniers mois, soit une situation exceptionnelle. En fait, c’est une situation exceptionnelle dans le sens où elle était exacerbée par le fait que l’objet de la science, ici une maladie, une pandémie, est un objet qui a touché de façon mondiale l’ensemble des citoyens de la planète. Et donc la science a été en friction beaucoup plus intense avec la société ce qui a mis à nu un certain nombre de ces fonctionnements mais qui sont des fonctionnements, encore une fois, qui sont plutôt habituels. En fait, ce que l’on a vu, par exemple, la conflictualité de la science, c’est-à-dire des scientifiques, des chercheurs qui ont des hypothèses, des méthodologies, voire des interprétations de résultats différentes. 

Dans cette situation-là de conflictualité interne à la science. Elle est normale, elle est classique, j’allais même dire, c’est le moteur de la science. Simplement le problème, il est où ? C’est que nous n’avons pas l’habitude, lorsque nous sommes en relation avec la société, dans un débat public, dans une vulgarisation des travaux, de partager ces conflits. De partager ces hésitations, de partager ces incertitudes.  On a plutôt l’habitude de montrer un visage de la science comme une grande boîte productrice de certitudes. Une sorte de voix unique et monolithique qui parlerait d’un objet scientifique de façon unanime. Et c’est ça qui a été déstabilisé. 

C’est qu’on a vu au grand jour, le grand public, les citoyens ont vu au grand jour, finalement, ce qu’est la science, j’allais dire constitutivement. C’est-à-dire une entreprise de conflictualité autour d’hypothèses, de méthodes et d’interprétation de résultats. Bien sûr que cette période a montré quelques difficultés dans l’entreprise de recherche scientifique lorsqu’elle est appelée à répondre dans l’urgence à une question qui touche l’ensemble des citoyens. Cette difficulté ne vient pas et je le redis, cette difficulté ne vient pas du fait que des scientifiques ne soient pas d’accord entre eux. Ça, c’est normal.  Je voudrais vraiment insister sur ce point là.  

La contradiction des expertises, le désaccord entre scientifiques, c’est constitutif de la démarche scientifique. Le problème, il n’est pas là. Le problème il est presque inverse, c’est-à-dire qu’on a une difficulté à accueillir ce pluralisme, cette diversité, en voulant conclure trop vite sur une voie univoque on va dire, vouloir chercher rapidement, trop rapidement le consensus scientifique, pour dire, voilà, nous avons compris ce qu’était cette maladie Covid-19, voilà comment la soigner et voilà les recommandations que nous faisons à propos de cette maladie. Ceci n’est pas possible, alors c’est évidemment très déstabilisant dans un contexte où on demande des solutions parce qu’il y a des gens qui meurent, et des gens qui sont en réanimation. Et donc on appelle à ce que la science ait des réponses,   mais ça c'est pas possible et donc ça a créé une sorte de tension   entre des personnes qui ont pensé comprendre ce qu'était la maladie, et à dire, voilà, la solution...................................



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